Le conflit du Sahara créé de toutes pièces pour couper le Maroc de ses racines africaines (historien français)

Rabat, 14/12/10- Le conflit du Sahara a été créé de toutes pièces pour couper le Maroc de ses racines africaines, a affirmé l'historien français Bernard Lugan.

La raison profonde de ce conflit est "une volonté tenace de couper le Maroc de ses racines africaines en créant un dossier artificiel, celui du Sahara", a souligné l'auteur de l'ouvrage "L'histoire du Maroc", dans un entretien publié, mardi, par le quotidien +Le Matin du Sahara et du Maghreb+.

M. Lugan, pour qui le travail sur les siècles du passé éclaire l'histoire présente et future, rappelle que "la souveraineté marocaine sur l'ouest africain ou Bilad Al Sudan est effective", notant qu'elle est illustrée par la levée de l'impôt et la nomination d'autorités administratives (caïds, pachas et gouverneurs). La prière du vendredi est dite au nom du sultan du Maroc, a-t-il fait savoir.

"Le Maroc étendait son rayonnement au-delà du Tagart et le long des pistes du Sahara depuis l'arc du cercle Agadir-Sijilmassa-Touat, englobant à la fois les villes du Nord du Maroc et les vallées des fleuves Sénégal et Niger", a relevé ce grand spécialiste de l'histoire du Continent.

Et d'expliquer que "tous les liens économiques, politiques, culturels, religieux qui se faisaient entre le Nord sahélien du Lac Tchad à l'Atlantique, étaient projetés jusqu'à la façade méditerranéenne et passaient obligatoirement par le Maroc. La seule permanence historique sur douze siècles, c'est le Maroc".

"Dans cette vaste région qui allait de Tanger à la vallée du fleuve Sénégal, l'influence marocaine se manifestait par la circulation d'une monnaie unique et par un même système de poids et mesures. Les marchandises circulaient sans entraves douanières, car il s'agissait d'échanges internes pratiqués dans les limites d'un seul ensemble culturel et économique", a précisé l'historien.

Revenant sur les amputations territoriales lors de la période coloniale notamment après la bataille d'Isly et le rattachement à l'Algérie des parties du territoire historiquement marocaines (Souara, Goumara, Touat, Tide Kelt, Timimou, Bécharà), M.Lugan a souligné que le général De Gaulle avait proposé au Maroc (en 1960) la rectification des frontières et la discussion avec le Royaume de la récupération de ses territoires que la France avait rattachés à l'Algérie.

Mais "les Marocains ont dit non. Ils ne voulaient pas donner un coup de poignard dans le dos de leurs frères algériens". "Pour le Maroc, il était clair que l'indépendance à venir de l'Algérie devait permettre de régler l'ensemble des problèmes frontaliers entre les pays frères. Or, une fois indépendante, l'Algérie se posera en héritière territoriale de la France, refusant de reconnaître la réalité".

Et "une deuxième fois, l'Algérie va poignarder le Maroc. L'Algérie, soutenue par l'Espagne et par la voix de Boumedienne, veut un Etat sahraoui indépendant", a souligné M. Lugan.