Le Maroc mène une offensive diplomatique à l’ONU au sujet du Sahara. Le Royaume, qui demandait lundi à l’Assemblée générale de l’organisation de « réactualiser sa résolution sur le Sahara », est conforté dans sa démarche par l’évolution récente de la question, marquée d’un côté par la persistance de l’impasse, le caractère obsolète de propositions antérieures aujourd’hui dépassées et de l’autre par une proposition concrète faite par le pays pour dépasser le blocage.

Un mémorandum de la mission du Royaume auprès des Nations unies souligne qu’en réponse à l’appel du Conseil de sécurité, le Maroc « a pris plusieurs initiatives, dont celle de proposer un statut d’autonomie viable, crédible et définitif au bénéfice de tous les habitants de la région, leur permettant de gérer leurs propres affaires dans le cadre de la souveraineté du Royaume, de son unité nationale et de son intégrité territoriale ». On n’en saura pas plus sur ce projet. Seule information aujourd’hui disponible, c’est qu’il sera bientôt présenté devant le secrétaire général de l’ONU.

« Il faut que l’idée fasse son chemin et que le principe soit admis », explique une source proche du dossier. Gejmoula Bent Ybbi, citée en témoin devant la 4e commission de l’ONU, devait revenir hier soir sur le sujet et notamment expliquer la démarche, le fonctionnement et l’esprit du Corcas (Conseil consultatif royal pour les affaires sahariennes). L’installation même de cette instance représentative des populations sahraouies étant considérée comme un point positif pour le Royaume. Elle confère à toutes les composantes tribales et les sensibilités politiques et socioéconomiques de la région, qui y sont représentées, le pouvoir de décider de leur avenir. « Un luxe que ne peuvent se permettre les populations retenues en otage par le Polisario » dans les camps de Tindouf, souligne notre source.

La présence même du Polisario, par ailleurs en perte de vitesse aujourd’hui, poserait problème pour la région. C’est ce qu’a expliqué hier soir devant la 4e commission, Aymeric Chauprade. Pour ce professeur de géopolitique à la Sorbonne (Paris) et vice-président de l’Académie internationale de géopolitique, il existe une « interaction dangereuse » entre le mouvement séparatiste et « des facteurs criminogènes qui sont eux en très nette progression ».

La proposition d’autonomie expliquée

« L’aggravation des dissensions au sein du Polisario » et « la violence que ce mouvement exerce sur une grande partie des siens, séquestrés dans les camps de Tindouf depuis de nombreuses années », devraient, selon lui, pousser à la réflexion. « Les jusqu’au-boutistes sont en train de s’en prendre à une population des camps qui, privée d’horizon, se soulève régulièrement contre les cadres et les dirigeants du mouvement séparatiste », affirme Chauprade. Le témoin souligne un autre facteur alarmant. « La dérive du Polisario vers l’islamisme radical, le crime organisé et les filières d’immigration clandestine ne fait que s’aggraver et je veux alerter la communauté internationale à ce propos », dit-il. L’expert en géopolitique dresse un bilan de la situation pour convaincre de la solidité de la position marocaine. D’un côté (Maroc), il souligne « de réelles perspectives de développement dans ce cadre d’autonomie élargie qui rallie un nombre croissant de Sahraouis et soulève les populations désespérées des camps de Tindouf désireuses de briser leurs chaînes ». De l’autre côté (Polisario), il évoque « le pourrissement d’un mouvement auquel il ne reste désormais qu’une très faible base populaire et dont l’action s’incorpore de plus en plus dans la criminalité transnationale sous toutes ses formes ».

Chauprade, comme d’autres témoins qui se succèdent depuis quelques années pour apporter leur témoignage devant la commission onusienne et leur appui de la position marocaine, témoignerait d’une nouvelle dynamique dans la gestion marocaine du dossier.